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Traits de Plume

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Suivi de l'auteur - Sa Biographie - Ses Parutions - Ses prochains romans et nouvelles.


Dans l'arène du Match Play

Publié par Stanislas F.J. Tarabula sur 23 Octobre 2007, 09:16am

Catégories : #Nouvelles

Il y a des êtres pour qui l’existence ressemble curieusement à une corrida qui ne dit pas son nom ; tantôt animal, tantôt humain, quand ce n’est pas les deux à la fois, l’homme n’échappe pas aux combats et défis que lui réserve son destin.

Dans l’arène de l’existence, dès que la porte de la vie se sera refermée derrière nous, les premières passes de cape nous effleureront avec ce souffle léger qui les entoure, puis, très tôt, les premières banderillas plantées dans une peau encore bien tendre feront perler les quelques gouttes de sang qui nous effraieront plus qu’elles ne nous feront mal.

Ensuite, ce ne sera plus qu’un très long travail avec la muleta face à notre destin qui se révèlera plus ou moins capricieux, voire dangereux à toréer, tout comme peuvent l’être les taureaux qui sont tirés au sort par l’homme aux habits de lumière. Mais notre propre sort ne relève t-il pas de la grande loterie de l’humanité ?

Plus tard, au cours d’une vie où tant de combats auront été menés, lorsque le bras fatigué commencera à faiblir, en s’abaissant, la muleta dévoilera la porte dérobée par laquelle toute vie disparaît. Que l’on soit taureau ou homme, on ne ressort jamais vivant de l’arène.

Voici l’histoire d’une bien étrange corrida, aussi étrange que peut l’être l’esprit du match play (formule particulière de jeu de golf), lorsqu’il se révèle au moment où on l’attend le moins.

Ce matin là, en posant sa balle sur un tee, près de la marque blanche qui délimite le départ du premier trou, il savait que le moment de vérité n’était plus qu’à portée de deux ou trois coups de golf exceptionnels mais qu’auparavant de longues heures d’une joute acharnée l’attendaient.

Chapitre  2

Ce joueur était un homme admirable et hors du commun. En entrant dans les Ordres golfiques, il avait très vite compris que la foi ne lui suffirait pas, aussi décida t-il, certainement pour accepter son niveau de jeu du moment, qu’un jour, il serait un joueur dont le talent pourrait se confondre avec le don qui lui fît défaut à la naissance. Et pour cela il savait comment y parvenir,  il avait un secret.

Jouissant d’un âge où les promesses n’avaient plus guère de sens mais où tous les espoirs étaient indispensables à la poursuite de son existence ici bas, il vivait son golf tout comme l’enfant, écrasant son petit bout de nez rougi par le froid contre les vitrines toutes habillées de Noël, rêvait à ses prochains cadeaux.

Ilan, lui, rêvait à l’Impossible depuis qu’un beau jour, il avait décidé d’en faire son adversaire privilégié. Une source de motivation inépuisable d’où il lui serait aisé de tirer ses forces mentales pour vaincre les obstacles les plus difficiles auxquels l’homme se trouve immanquablement confronté tout au long de son existence mais aussi pour, sans cesse, reculer ses propres limites.

Au cours d’une soirée qui s’était prolongée tard dans la nuit, tandis qu’une noria de verres vides remontait des profondeurs d’un mystérieux alambic ses convictions sur la nature humaine, emporté par la fougue de son discours, il devait déclarer à ses amis qui l’écoutaient, amusés : « dites moi que c’est impossible et je vous prouverai le contraire ». 

Que de sourires à peine esquissés s’en suivirent sur les lèvres des ténors du club, toujours prêts à montrer de l’index, celui qui n’avait pas le leur et tenait de tels discours.

Il n’en n’avait cure car il était entré en Golf comme d’autres en religion, à la différence près qu’il n’avait pas le moindre souci d’interprétation des mystères puisqu’il croyait en lui, tout simplement.

Son père, un homme venu de l’Est, avec pour tout bagage ses vingt ans et du courage plein les bras, devenu gueule noire dans les entrailles de la terre, lui avait un jour confié qu’il n’y avait pas de fenêtre là où il travaillait, mais que cela lui importait peu, car, persuadé qu’une étoile brillait quelque part dans le ciel pour son fils, il avait accepté le sort que le destin lui avait attribué par défaut. Plus tard, il devait lui faire part de sa profonde conviction sur la destinée de chacun avec un reste d’accent polonais chargé d’amertume.

- Le Destin ne se présentera à toi qu’une seule et unique fois pour te montrer le Chemin, aussi sache reconnaître cet instant, cet instant qui se pressent plus qu’il ne se vit. Si tu n’en saisis pas les signes, alors ta destinée sera happée par le flot commun de l’existence et de tes rêves inaccomplis, tu n’auras que d’éternels regrets.

Les valeurs simples, qu’il reçut en héritage, n’étaient cotées qu’à la bourse du cœur mais contribuèrent fortement à lui forger ce tempérament à toute épreuve. C’est ainsi qu’à force de travail, de ténacité et de recherches personnelles, il toucha du doigt ce qu’il aimait à nommer le talent, ce don postnatal.

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