Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Traits de Plume

Traits de Plume

Suivi de l'auteur - Sa Biographie - Ses Parutions - Ses prochains romans et nouvelles.


La migration du golfeur sénior

Publié par Stanislas F.J. Tarabula sur 22 Octobre 2007, 09:09am

Catégories : #Nouvelles

Nous étions au mois d’octobre. En prenant ses quartiers d’hiver, le soleil favorisait maintenant l’hémisphère sud de la planète et les journées, de plus en plus courtes, étaient toujours aussi radieuses. Il semblait bien que, dans ce coin tranquille de la Costa Azul, la nature avait renoncé à ses quatre saisons. Un microclimat aux températures clémentes toute l’année en avait immédiatement profité pour s’y installer durablement, ce qui n’allait pas manquer d’entraîner de bien étranges migrations.

Juchées sur leurs pattes si fines qu’aucune ombre ne pouvait s’en dégager, les aigrettes observaient attentivement les joueurs de golf s’affairer, accroupis aux abords du green. Elles avaient beau multiplier leurs efforts, elles ne parvenaient pas à leur trouver le moindre point commun avec ces oies arrivées l’année dernière, somnolant ce matin, sous les arbres. La journée promettait d’être chaude, très chaude même, autrement dit semblable aux précédentes.  

Un peu plus loin, sur la surface de l’eau de la réserve, toujours prévue pour l’arrosage du parcours mais aujourd’hui transformée en étang, des canards sauvages glissaient silencieusement, laissant derrière eux des ondulations s’étirant pour atteindre la rive, ignorant y mourir dans un dernier soubresaut.

Les galets à fleur d’eau se voyaient ravis de cette invitation à se déplacer pour offrir la partie mouillée, le ventre pour les uns, le dos pour les autres, à moins que cela ne fût le contraire, aux premiers rayons du soleil. 

Dans un ciel paré d’un bleu particulier, un bleu très clair augurant une magnifique journée, un vol d’étourneaux dessinait d’étranges figures, rappelant celles produites, sous la mer, par un banc de sardines bien résolu à ne pas servir de festin aux prédateurs de passage.

Au dessus de cette région du sud de l’Espagne, où le désert ne cesse de progresser, passe le vol des migrations saisonnières aussi n’est-il pas rare de voir certaines espèces d’oiseaux venir grossir la colonie de ceux qui ont décidé de s’y arrêter définitivement.

C’est ainsi qu’un petit matin, des colverts avaient fait leur apparition, les golfeurs matinaux ayant été les premiers à les remarquer en train de barboter à coté des canards et des cygnes tout étonnés de voir ces nouveaux arrivants en prendre autant à leurs aises.

Pendant que les scientifiques et les politiques de tout bord débattaient de la réalité des changements climatiques, la nature, son guide du routard mis à jour, proposait de nouvelles destinations à ces oiseaux qui ne semblaient pas se plaindre de passer le reste de leur existence dans ces véritables réserves protégées, les parcours de golf situés dans le sud de la péninsule ibérique.

Et si d’aventure, quelques balles perdues venaient troubler leur quiétude, ils avaient appris à faire la différence entre le tir involontaire et maladroit du golfeur et celui du chasseur, intentionnel et précis, apportant la mort pour son plaisir.

Chaque année à la même époque, à un ou deux jours près, les hirondelles, mettant au défi le proverbe, étaient de retour dans le tunnel séparant les trous dix et onze du parcours de golf de Bonansa. Le printemps rappelait à la nature que le temps était venu de l’honorer pour y répandre la vie puisque le Grand Tout l’avait voulu ainsi.

Ce carrefour des migrations et du renouveau de la nature était idéalement placé pour le golfeur venant d’achever la première partie de son parcours de golf matinal alors qu’il avait déjà bien entamé la seconde partie du parcours de son existence.

Et lorsqu’il parvenait à s’extraire, ne serait-ce que quelques instants, du Tableau de la Vie, pour admirer l’œuvre à jamais inachevée, les frustrations engendrées par un double bogey ou par les imperfections de son swing ne résistaient jamais bien longtemps à cette contemplation.

Elle faisait naître en lui une bien étrange sensation teintée de spiritualité. Tout à coup, chaque élément, accaparant son regard mais surtout son esprit, semblait trouver sa place, sa justification dans cet autre univers sans limite de la pensée humaine, contribuant à l’explication du mystère de la vie qui obsède tant de brillants savants.

Se pouvait-il qu’un simple golfeur, au petit matin d’une journée ordinaire, puisse entrevoir les prémices de la compréhension du Dessin de la Création ?

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Nous sommes sociaux !

Articles récents